Le compte à rebours est lancé, et il s’accompagne d’un certain malaise dans les départements informatiques. Les entreprises utilisatrices des solutions historiques de SAP (notamment ECC6) voient la date fatidique de la fin de maintenance, prévue pour 2027, se rapprocher à grands pas. ⏳
Mais le véritable problème ne réside pas seulement dans cette échéance technique. L’agitation provient d’un changement de cap stratégique majeur : l’éditeur allemand a clairement annoncé que ses futures innovations, en particulier celles liées à l’intelligence artificielle générative, seraient exclusivement réservées à ses offres cloud (SaaS) via le programme RISE with SAP. Les clients qui souhaitent conserver une infrastructure « on-premise » (sur site) se sentent ainsi pris en otage, contraints de migrer vers le cloud sous peine d’obsolescence technologique.
Comment les décideurs informatiques peuvent-ils réagir face à ce qui ressemble à une migration forcée ? Décryptage d’un bras de fer inédit entre le géant européen du logiciel et sa base d’utilisateurs historiques. 🔍
Le cloud comme unique horizon pour l’innovation
Sous la houlette de son PDG Christian Klein, SAP a entamé une transition agressive vers un modèle économique basé sur l’abonnement cloud. Cette stratégie vise à uniformiser le parc client et à simplifier les mises à jour, historiquement lourdes sur les systèmes sur mesure.
Cependant, l’annonce qui a véritablement mis le feu aux poudres concerne la restriction des innovations. Les nouvelles fonctionnalités de pointe, telles que l’assistant IA Joule ou les outils de durabilité (Green Ledger), nécessitent l’architecture standardisée du cloud public ou privé géré par SAP.
- L’argument de SAP : Le développement d’innovations de pointe, gourmandes en ressources comme l’IA, est techniquement et financièrement insoutenable sur des architectures locales fragmentées.
- La réalité pour les clients : Ceux qui viennent tout juste d’investir des millions pour déployer S/4HANA sur leurs propres serveurs voient leurs investissements instantanément dévalués, sans accès aux promesses de l’IA d’entreprise.
Cette approche, qualifiée de « cloud-only » pour l’innovation, transforme la migration de S/4HANA en une obligation stratégique plutôt qu’en un simple choix d’infrastructure. ☁️
Les clubs utilisateurs montent au créneau
Face à ce paradigme imposé, les associations d’utilisateurs SAP n’ont pas tardé à exprimer leur mécontentement. Le DSAG (le puissant groupe des utilisateurs germanophones) et l’USF (Utilisateurs SAP Francophones) ont publiquement critiqué cette politique de l’innovation à deux vitesses.
« Les clients qui ont fait confiance à la promesse de SAP concernant des innovations continues sur les versions sur site se sentent aujourd’hui floués. Il est inacceptable que l’innovation devienne une exclusivité du cloud payée au prix fort. »
Les principales sources de tension identifiées par les DSI sont :
- 😡 La rupture de confiance : Un revirement par rapport aux promesses initiales d’équité entre les déploiements sur site et dans le cloud.
- 💸 L’augmentation des coûts : Le passage au modèle SaaS via RISE with SAP engendre souvent une hausse significative du coût total de possession (TCO) sur le long terme.
- 🔒 Le verrouillage technologique (Vendor Lock-in) : Migrer vers le cloud de SAP réduit la flexibilité de choisir d’autres hyperscalers ou de personnaliser le cœur du système.
Quelles alternatives pour les DSI face à l’échéance de 2027 ?
Malgré la pression, les entreprises disposent encore de leviers d’action pour ne pas subir cette transition. Voici les scénarios actuellement étudiés par les comités de direction informatique : 💡
1. Accepter le programme RISE with SAP (avec conditions)
C’est la voie recommandée par l’éditeur. L’enjeu pour les clients est ici de négocier âprement les contrats. Il est crucial d’exiger des clauses de réversibilité claires, de figer les prix sur la plus longue durée possible et de s’assurer que les crédits de migration couvrent réellement les coûts de transition.
2. Le maintien sur site avec maintenance tierce
Pour les entreprises dont l’ERP actuel (ECC6) remplit parfaitement ses fonctions sans besoin d’IA générative intégrée, la tierce maintenance applicative (TMA) est une option crédible. Des prestataires comme Rimini Street ou Spinnaker Support proposent de maintenir les systèmes au-delà de 2027 à des coûts souvent inférieurs de 50 % à ceux de l’éditeur, permettant de réallouer ce budget à des innovations « best-of-breed » autour de l’ERP.
3. Payer l’extension de maintenance officielle
SAP propose une extension de maintenance pour ECC6 jusqu’en 2030, moyennant une surprime de 2 %. Cela offre un répit aux très grandes entreprises dont les processus métiers sont trop complexes pour une migration « Clean Core » immédiate, mais cela reste une solution financièrement pénalisante à moyen terme.
L’urgence n’est donc pas de migrer précipitamment, mais d’auditer l’existant pour évaluer le véritable besoin en innovation cloud de son entreprise. 📊
Foire aux questions sur la transition SAP S/4HANA
Q : Que se passera-t-il exactement en 2027 pour les clients SAP ECC6 ?
R : En 2027, SAP mettra fin à la maintenance standard de sa suite historique ECC6. Les entreprises ne recevront plus de mises à jour légales ou de correctifs de sécurité critiques sans souscrire à une extension payante très onéreuse jusqu’en 2030.
Q : Le modèle « Clean Core » imposé par le cloud SAP est-il adapté à toutes les entreprises ?
R : Non. Le principe du « Clean Core » interdit les modifications en profondeur du code standard de l’ERP. C’est idéal pour la standardisation, mais très complexe pour des entreprises ayant des décennies de processus ultra-personnalisés inscrits dans leur système sur site.
Q : L’intelligence artificielle est-elle vraiment indisponible hors du cloud ?
R : Les fonctionnalités d’IA natives développées par SAP (comme Joule) sont réservées au cloud. Cependant, une entreprise restant sur site peut tout à fait développer ses propres API et connecter son ERP à des solutions d’IA tierces, bien que cela demande un effort d’intégration sur mesure.
Article rédigé pour la rédaction de usine-chic.com – Votre source d’analyse sur l’évolution technologique B2B.
